La voie professionnelle: au-delà des préjugés

La voie professionnelle est, fameusement, entachée de préjugés. Jeudi dernier, le Carte Diem a rencontré Meryem et Naïla, élèves en filière professionnelle, dont le témoignage riche a permis de déconstruire ces idées reçues, en offrant un aperçu de cette voie, en réalité, passionnante…

«J’avais une mauvaise image de la Pro en 3ème», dit Meryem, Seconde professionnelle, noyée dans les idées reçues autour de la voie professionnelle depuis le collège. «Mais là, je regrette pas du tout».  

Jeudi dernier, le Carte Diem a interviewé Meryem, et sa camarade de stage Naila, autour de cette filière qui les aide tant à s’épanouir et des préjugés qui en ternissent l’image.

Des cours concrets

«En générale, ils font le théorème de Pythagore, en professionnelle, on apprend à calculer un chiffre d’affaires», dit Meryem, «c’est des trucs utiles». L’enseignement en filière professionnelle est, en effet, bien plus concret, et prépare réellement à la vie en entreprise et en société. «En français, par exemple, on fait du slam, du théâtre…», raconte Meryem. En plus des mathématiques et du français, des matières propres à la filière y sont proposées, comme le Chef-D’œuvre, l’Enseignement Professionnel ou encore la Prévention Santé Environnement. Autour de la gestion d’entreprise et la communication, entre autres, ces enseignements s’appuient sur des situations concrètes: rien à voir avec l’enseignement théorique et abstrait dispensé en voie générale ! 

Un climat scolaire moins stressant

Suivre des cours plus concrets et accessibles diminuent considérablement le stress auquel sont confrontés les élèves. Alors que Meryem s’est sentie angoissée toute son année de 3ème, en Seconde, elle est beaucoup plus épanouie. «J’ai presque envie de partir en cours», elle nous confie. Naila, quant à elle, est passée de générale à professionnelle en Première, après une année de Seconde difficile et pesante. La rentrée de Première a alors été un soulagement pour elle. Certes, elle a senti un décalage par rapport à ses camarades qui sont en filière professionnelle depuis la Seconde, mais elle parvient facilement à rattraper son retard, et ce, grâce à la patience des enseignants.

Une proximité avec les enseignants

En effet, nos deux interviewées insistent sur un aspect crucial de la filière professionnelle: la pédagogie des enseignants. «Ils sont très patients et ils ré-expliquent beaucoup, même des notions simples», nous raconte Meryem. Elles précisent que les élèves sont très proches de leurs professeurs, et qu’ils constituent des accompagnateurs importants de leur réussite scolaire et professionnelle. «Ils nous donnent confiance en nous», ajoute Naila. C’est alors la qualité des enseignants et des cours qu’ils dispensent qui font que Meryem et Naila apprécient tant cette filière, bien qu’à la fin de leurs 3 années de lycée, elles auront passé plus de 20 semaines…hors du lycée. 

Une immersion dans le monde du travail

La voie professionnelle propose une opportunité unique, sans analogue en voie générale: le stage. Naila et Meryem ont choisi d’effectuer le leur à Etam, leader en vente de prêt-à-porter. Elles cintrent les vêtements, trient les rayons et assistent les vendeuses dans l’encaissement des articles. Ce qu’elles préfèrent, toutefois, c’est communiquer avec les clients, et user de leurs qualités de persuasion pour vendre jupes et blousons, tout en renforçant leurs talents en marketing et relation client. Les vendeuses qui les encadrent ne leurs attribuent que des tâches à la hauteur de leurs capacités, et s’assurent de leur laisser la liberté nécessaire à leur épanouissement. 

« On peut tout faire avec un bac pro » , Meryem, Naila

Les élèves en voie professionnelle suivent des cours d’Accompagnement Professionnel (AP). «(Cette matière) nous aide à trouver des choix de métiers», dit Meryem. C’est après un test d’aptitude en cours d’AP, justement, qu’elle a su qu’elle voulait être conseillère d’orientation: aider les autres, ça la passionne. Pareil pour Naila, qui, elle, envisage une carrière en psychologie. Alors qu’elle voulait, d’abord,  poursuivre des études en psychiatrie, elle s’est vite rendu compte que de longues études ne l’intéressait pas, et que la psychologie encapsulait tout ce qui l’intéressait dans la psychiatrie, en lui épargnant les 12 années en école de médecine. Elles nous rappellent, ainsi, qu’avec un bac professionnel, les débouchés sont divers.

Au-delà des préjugés

«Déscolarise-toi», «t’auras pas d’avenir» ou encore «t’aurais dû redoubler»: les idées reçues autour de la filière professionnelle persistent. Meryem et Naila affirment être victimes de moqueries provocatrices et condescendantes dans les couloirs du lycée. «Certains élèves donnent une mauvaise image de la pro.» Les enseignants consacrent, alors, des activités visant à déconstruire ces préjugés. «On a écrit des articles, on a fait un sketch, un journal…tout ça pour nous donner confiance en nous en tant qu’élèves de la voie pro.» Meryem avoue avoir ressenti de la honte en début d’année, mais il lui a fallu un mois au lycée pour se rendre compte des avantages que cette voie lui apportait. «Je suis en pro, et alors ?», dit- elle fièrement. 

«Aller parler à la conseillère d’orientation, passer une semaine en immersion dans une classe de pro et parler avec des élèves plus âgés», sont les conseils de Naila à tout élève qui hésite à se diriger vers une voie professionnelle. «Et ne pas écouter les préjugés», elle ajoute. Des cours concrets, des enseignants pédagogues, 22 semaines en stage, un climat scolaire peu anxiogène, des débouchés divers et variés: c’est ça, la «pro». 

Professeure encadrante : Mme Khanzy Amale

Crédits de l'image : "College of DuPage 2014 Commencement Ceremony 60" par COD Newsroom est sous licence CC BY 2.0. Pour voir une copie de la licence, consultez https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/?ref=openverse&atype=rich 

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